Je vous disais la semaine dernière que la clé du bonheur était de prendre soin de la qualité de ses relations. (lire https://www.paulinecharneau.com/happiness-is-love-full-stop/)
Mais qu’est-ce qui caractérise des relations de qualité ?
À mon avis pas leur fréquence. Il m’est arrivé de ne pas voir et parfois ne pas communiquer avec certaines de mes amies les plus intimes pendant plus plusieurs mois, parfois plusieurs années, parce que l’espace ou le mode de vie nous éloignaient à ce moment-là. Nous nous sommes pourtant chaque fois retrouvées comme si nous ne nous étions jamais quittées, reprenant nos conversations là où nous avions laissées, en toute évidence, sans que le moindre instant d’adaptation soit nécessaire.
Nous nous disons souvent, mes amis et moi, que ce qui signe la véritable amitié, c’est le sentiment de bien-être, de sécurité, d’aisance, que nous ressentons lorsque nous sommes ensemble. Nul besoin de feindre le bonheur s’il n’est pas réel, de jouer la comédie sociale, de donner à croire aux autres ce qui ne serait pas vrai. Être qui nous sommes, ou du moins qui nous ressentons que nous sommes à cet instant-là, voilà la clé de cette amitié, si bénéfique, dont je ressens les bienfaits dans mon corps par l’apaisement qu’elle lui procure. Plus de tension, moins de douleurs, un meilleur sommeil après une réunion amicale.
Je mets tout en haut des avantages – et des signes incontestables – de l’amitié, le sentiment de sécurité qu’elle procure. Notons que d’autres relations de qualité, professionnelles, familiales, associatives, sont régies par la même règle.
En effet, la sécurité est indispensable – et cela implique aussi que nous la procurions aux autres – pour permettre d’engager des relations de qualité en s’autorisant à montrer sans crainte notre vulnérabilité.
Car se montrer vulnérable est une danse subtile entre la crainte de l’attaque et l’espoir de relations plus intenses et plus profondes. Mais si la crainte est la plus forte, la cuirasse se verrouille et nous établissons des relations superficielles et peu satisfaisantes, parfois même stressantes et frustrantes, par le simple fait que nous mentons et que l’on nous ment.
Et soyez-en certains, nous sommes tous vulnérables. Ceux qui chercheraient à nous faire croire l’inverse mentiraient et feraient ainsi la démonstration de ce qu’ils ne se sentent pas en sécurité.
Parler de ses faiblesses, de ses échecs, de ses maux, de ses inquiétudes, c’est indispensable pour créer une vraie relation.
Le dirigeant qui croit devoir entretenir une image d’ invincibilité et d’infaillibilité s’expose à une grande solitude et à une plus faible connexion avec ses équipes. L’efficacité du travail individuel et collectif peut en souffrir et la tentation de la déloyauté n’est jamais loin. Mais comme les leaders sont souvent très exposés et perçus comme ayant réponse à tout, il peut être difficile pour eux de se montrer vulnérables.
Or de nombreuses études ont démontré que montrer de la vulnérabilité permet d’être plus inspirant et d’établir des connexions plus profondes. Je vous laisse approfondir le sujet avec la « papesse » de la vulnérabilité : Brené Brown[1].
Résumons-nous : Au cœur de notre sentiment de bonheur, il y a la qualité de nos relations. Celle-ci dépend du sentiment de sécurité qui, en nous autorisant à paraître ces êtres vulnérables que nous sommes, permet de telles relations.
Je vous engage donc, chaque fois que vous voudrez établir une relation de qualité, qu’elle soit privée ou professionnelle, destinée à durer où éphémère, de vous assurer que vous faites tout pour mettre vos interlocuteurs en sécurité.
Pensez aux entretiens d’embauche, aux oraux d’examens, aux échanges avec des N- .., mais aussi aux discussions dans votre couple ou entre parents et enfants, circonstances dans lesquelles un ou plusieurs des protagonistes peuvent être stressés par l’enjeu. Voulez-vous vraiment connaître l’avis, la valeur de l’autre, et qu’il reparte de cet entretien avec confiance en vous et éventuellement envie de commencer ou de continuer à travailler avec vous, de vivre avec vous, de construire quelque chose avec vous ?
Alors soyez attentif à offrir un sourire sincère, une question authentiquement gentille, assurez-vous que l’autre est bien installé et ne se sent pas « sur la sellette » – pour cela par exemple il vaut parfois mieux ne pas s’assoir en face de lui mais plutôt à côté, pour éviter la sensation de confrontation – et veillez, à l’intérieur de vous, à ne pas chercher à l’intimider ou l’impressionner, voire le déstabiliser, quel que soit votre ascendant sur lui. L’issue de l’échange en sera infiniment plus riche et plus durable.
Je vous laisse passer en revue les derniers échanges de ce genre que vous avez eu et vous auto-évaluer. Trouvez-vous quelques petites choses à améliorer ? C’est le moment ! Et observez la transformation.
[1] Voir son TED X au millions de vues « The power of vulnerability » et son livre « Daring greatly: how the courage to be vulnerable transforms the way we live, love, parent and lead. »

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