Certaines personnes ou groupe de personnes, certains types de relation, nous mettent systématiquement en position de nous sentir obligés de faire nos preuves, de déployer tout l’arsenal de nos compétences, qu’elles soient techniques, relationnelles, émotionnelles, pour nous assurer d’être à la hauteur de la demande que nous imaginons ou … d’éviter les reproches, ou simplement l’indifférence ou le mépris de l’autre.
Parce que notre bien-être dépend de la qualité de nos relations, parce que nous nous battons pour faire vivre une entreprise, parce que nous sommes investis dans une cause très importante pour nous, l’Autre détient un pouvoir parfois impressionnant et nous avons vite fait d’attribuer à son opinion de nous une importance démesurée.
Dès l’enfance
Ce comportement est parfois fatigant – que d’efforts développés pour parvenir à contenter l’autre – et souvent très décevant, cet autre n’envoyant pas en retour les signaux d’approbation attendus.
Cela commence souvent avec des parents exigeants qui ne se contenteront jamais du résultat atteint, qui vous demanderont toujours pourquoi vous n’avez pas fait mieux – même quand vous avez déjà fait très bien – , cela peut se poursuivre dans une relation amicale ou amoureuse avec un autre lui-même peu sûr de lui qui cherchera à se valoriser en vous dévalorisant (quelle triste et fausse équation), et peut-être aujourd’hui pour vous trouver son point culminant dans une relation professionnelle – quel que soit les niveaux hiérarchiques relatifs) qui vous donne toujours l’impression de ne pas en faire assez, de n’être pas assez compétent, assez attentif, assez investi …
Et vous n’y arrivez jamais. C’est usant et sans fond. Le seul résultat est une succession de déceptions et une croyance renforcée que vous n’êtes pas à la hauteur, l’ensemble pouvant dangereusement peser sur votre santé.
Si vous vous reconnaissez, la première chose à faire est sans doute de « réparer » votre enfance. Il n’y a que vous qui puissiez le faire, de préférence avec un professionnel. Il ne s’agit pas de demander réparation à ses parents (je ne parle pas ici de maltraitance avérée), ils ont presque certainement fait ce qu’ils pensaient le mieux pour vous. Et il est impossible d’avancer dans la vie sans trauma. Je vous rappelle qu’une blessure émotionnelle n’est pas nécessairement dûe à un choc ou à un évènement violent, mais pour la plupart d’entre nous simplement à un défi que la vie nous a présenté et que nous n’avions pas les moyens, à ce stade de notre vie, de relever seul. Donc aller soigner cette blessure d’enfance avec un thérapeute.
Parfois cette fragilité a été développée plus tard, par l’acharnement d’une ou plusieurs personnes très importantes pour nous, qui ont réussi à semer un doute diffus mais tenace sur notre valeur.
Quelle que soit l’origine de ce doute, vous savez déjà que la seule solution est de croire en vous et de ne pas attacher d’importance aux retours trop lourdement et régulièrement négatifs sur vous. Ce qui veut dire être en contact avec le fait que vous êtes une personne de qualité. Et énumérer pour vous-même tout ce qui justifie cette affirmation. Tellement plus facile à dire qu’à faire, n’est-ce pas ? Si vous en étiez convaincu vous ne seriez pas en train de lire cet article. Et puis, si vous essayez, il y a régulièrement une petite voix qui vous dira « tu ne serais pas en train de prendre la grosse tête ? pour qui tu te prends ? Tu vas devenir insupportable » etc…
Alors à cette voix-là, opposez une question : « Ai-je fait de mon mieux dans cette situation (ou dans la vie en général) ? » Ou « aurais-je pu faire vraiment mieux ? «
Répondez honnêtement, et si vous constatez que vous n’auriez pas pu faire mieux, n’acceptez pas la critique.
Laissez tomber!
Pour cela, imaginez qu’elle vous arrive sous la forme d’un ballon qu’on vous envoie. Bien sûr, parce que vous avez été entraîné à ça, votre réflexe sera de l’attraper. À partir de là, ce sera à vous d’en faire quelque chose. Dans le pire des cas, vous le garderez toute votre vie, parce que vous ne voulez pas le repasser à quelqu’un, ni d’ailleurs le laisser tomber. Et vous voilà alourdi et empêché (que faire quand on a les mains occupées en permanence par une chose inutile ou même toxique ?)
Mais voyez : vous avez la possibilité d’inhiber votre réflexe et de ne pas attraper le ballon ! Et ce qu’il deviendra n’est tout d’un coup plus votre problème. C’est celui qui vous l’a lancé qui va devoir décider ce qu’il veut en faire, ce ballon lui appartient.
J’ai trouvé, dans ma vie, cette image très utile, et je m’impose de réfléchir systématiquement avant d’attraper le ballon. Et si j’ai été un peu trop vite et que j’ai porté un ballon qui ne me revenait pas, je sais maintenant que je peux le laisser tomber et le regarder rouler loin de moi. Ce qu’il deviendra n’a pas d’importance, la seule chose qui en a, c’est qu’il soit sorti de mon camp.
Et à ce stade, je vous recommande de ne pas chercher à faire reconnaître à l’autre ses erreurs, parce que la plupart du temps ça n’arrivera pas, et qu’il est bien plus important de dédier votre énergie à consolider votre confiance en vous, à vous détacher des relations trop douloureuses (certaines peuvent être supportables, voire bénéfiques sous d’autres aspects, une fois que vous avez désamorcé votre réactivité) et à en nouer de fructueuses. Et pour ne pas vous épuiser, il vous faudra accepter que vous n’obtiendrez jamais de certaines personnes ce que vous en espérez, que ce soit une simple approbation, de la reconnaissance, de l’amour.
Et ce n’est pas de votre fait, mais du leur. Ce sont elles qui ont le ballon. Laissez-leur !