Faut-il beaucoup rêver?

22 juillet 2026

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Nos rêves de grandeur

Nous avons – presque – tous des rêves de grandeur, avec pour chacun de nous des critères plus ou moins clairs pour déterminer ce qui est « grand ». Qu’il s’agisse de réussite matérielle, de développement spirituel, d’excellence professionnelle, de célébrité ou plus modestement (croit-on) d’harmonie familiale ou de service à autrui, il y a toujours un moment où nous rêvons grand. Cette volonté de dépassement, ces objectifs ambitieux sont sensés nous tirer vers le haut et faire éclore en nous « la meilleure version de nous-même ».

Je suis une rêveuse compulsive. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours rêvé à une vie différente, « plus », mais je serais bien incapable aujourd’hui de compléter ce « plus » . Et ce que la vie a pu m’accorder de cette liste d’objets de désir ne m’a pas toujours comblée.
C’est que j’ai compris bien tard – quel dommage, il faudrait une deuxième partie de vie aussi longue que la première, qui nous permettrait de profiter à plein de nos apprentissages – j’ai compris que ces rêves toujours renouvelés n’avaient pas du tout joué leur rôle de moteur d’élévation, mais bien l’inverse ! Plutôt que de me pousser à leur donner une existence, mes rêves m’ont anesthésiée et rendue impuissante.

Cela fait des années que je m’interroge sur la dangerosité de ce penchant, une partie de moi ne voyant pas le mal qu’il y aurait à s’évader un peu si cela ne nuit pas à autrui, quand une autre, intuitive mais incapable de présenter des arguments à la première, devient de plus en plus hostile à ce qu’elle prend pour une forme de faiblesse. J’ai laissé le débat mûrir en moi et la partie intuitive a fini par trouver les mots. Je remarque au passage que c’est une partie pseudo-rationnelle qui défendait le rêve, quand la partie plus sensible sentait que je pourrais m’y perdre. Méfions-nous de ce que nous raconte notre raison !

Ne rêvez pas trop!

J’ai donc envie de partager avec vous aujourd’hui les raisons de ma récente hostilité au rêve (en excès).

Il y en a de deux sortes :

  • Incapable de me passer de mes rêves et me languissant de retrouver bien vite des moments de solitude et d’inactivité pour m’y livrer, j’étais comme une droguée qui s’isole pour s’offrir des moments d’extase chimique. Bien sûr mes descentes étaient moins douloureuses, et mon isolement très relatif en comparaison de celui dans lequel la drogue peut faire tomber. Mais le but était le même : fuir une réalité qui pour moi n’était pourtant pas particulièrement dure, simplement un peu ennuyeuse, contrainte, routinière, manquant de couleur et de rythme. Alors quelle joie de se vautrer régulièrement dans un univers imaginaire où tout chante et vibre et rit ! Rêver, c’est se dissocier, quitter un monde insuffisant, se détacher mais garder la possibilité de revenir, et cultiver la croyance qu’un jour, comme par magie, ce monde rêvé deviendra réel.
    Mais c’est une croyance molle, inactive, impuissante, qui regarde passer le temps sans rien modifier. C’est un peu comme ce baigneur imaginaire, assis au bord de la rivière à l’ombre d’un grand arbre, qui se promet de rejoindre les nageurs qu’il observe de la rive, mais finit la journée sans s’être décidé. Un peu déçu de lui-même et comprenant qu’il est passé à côté de la joie et des sensations délicieuses que cette baignade a procuré aux autres, par paresse et peut-être une légère peur du courant, il se promet d’y aller le lendemain.

Mais nous n’avons jusqu’à preuve du contraire qu’une vie pour sauter à l’eau, et le regret, bien que douloureux, sera sans utilité.

Je pense donc que le rêve ne favorise pas l’action, même s’il la précède parfois, et que la proportion de vie consacrée au rêve est inversement proportionnelle à la réussite (quel que soit le sens que l’on donne à ce mot) de ladite vie.

  • La deuxième raison pour laquelle j’ai développé une certaine méfiance envers le rêve, et la plus importante, c’est qu’il nous fait croire que nous rêvons à un monde fictif, presque inatteignable, alors que ce monde existe, là, sous nos yeux aveugles !
    Lorsque nous rêvons réussite, biens matériels, amis innombrables, succès éclatants, nous nous demandons rarement (jamais) ce qui nous fait désirer ces choses. Je veux dire au-delà de ce que tout le monde tient pour évident. Mais je vous propose de suspendre votre lecture pour vous demander vraiment ce que vous attendez de cette chose dont vous rêvez (parce que si vous lisez toujours cet article, vous avez un rêve, plus ou moins enfoui). Allez-y, puis lisez la suite.

Votre réponse vous surprend-elle ? Avez-vous senti comme ce que vous attendez de cette « chose », de ce rêve, c’est une expérience de vie, mélange de sensations, d’émotions, de sentiments, et non la « chose » elle-même ?

Ce dont vous rêvez est déjà là

Quand vous rêvez d’une somptueuse maison au bord de la mer, vous rêvez de repos, d’esthétique, de soleil et sans doute d’amitié et d’amour. Vous sentez comme tout cela n’a pas besoin de la maison ? Comme vous pouvez éprouver tout cela à la fois en allant pique-niquer à la plage ou dans un parc avec qui vous aimez ? (Et par ailleurs vous éviterez les contraintes de l’intendance).
Quand vous rêvez de vendre votre livre (pas encore écrit) à des centaines de milliers d’exemplaires, de quoi rêvez-vous ? En quoi ce succès va-t-il vous apportez la plénitude ? A part la satisfaction immédiate et bien éphémère de l’ego ? Je crois que dans bien des cas vous rêvez d’avoir suffisamment de motivation pour en écrire un deuxième, peut-être de pouvoir vous consacrer pleinement à l’écriture, que ce succès justifie votre investissement et sans doute aussi de pouvoir avancer dans le monde avec une identité d’écrivain, sans que cela vous gêne.

Mais vous pouvez initier cela dès à présent, et je ne crois pas que le plaisir d’écrire soit différent si l’on vend 3 exemplaires ou si l’on en vend 3 millions.
Vous rêvez de l’expérience d’écrivain, et bien écrivez ! (Vous aurez compris que je me parle à moi-même autant qu’à vous.)

Aujourd’hui il m’arrive que mes rêves me transportent dans le jardin de la maison que nous occupions quand j’avais 7 ans. Mais à 7 ans bien sûr je rêvais d’autre chose – je ne sais plus de quoi, mais je sais que j’ai toujours rêvé d’une autre vie, quelque soit ma vie du moment. Le rêve nous prive de l’expérience de la réalité et nous en éloigne durablement, en nous faisant croire qu’elle est moins affriolante que ce qu’il nous propose. Je pourrais continuer cet article en analysant les raisons que l’on peut avoir à « tomber dans le rêve » mais je perdrais votre attention et je voudrais profiter de celle qui vous reste pour vous convaincre, si vous appartenez au monde des rêveurs, que vos rêves vous mentent et que la réalité vaut le coup ! Identifiez ce que vous attendez de la réalisation de vos rêves, en termes d’expérience, et cherchez dans votre vie actuelle ce qui pourrait vous fournir la même. Je crois que vous n’aurez pas à chercher très loin ! Et vous rapprocherez de l’action constructive et du geste juste.

Excellentes vacances, c’est le moment ou jamais de profiter de la réalité !

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